James Piccoli, 6 octobre 2019, Montréal

Je me souviens exactement de l’endroit où j’étais quand c’est arrivé. J’étais dans le bus de retour de mon cours d’université quand j’ai décidé que j’allais être un cycliste professionnel.

J’étais devenu assez désenchanté par mes études à l’université. Je n’avais pas d’amis en génie, et ce que j’apprenais n’avais aucun sens pour moi. Je savais que je ne serais pas heureux si je passais les 50 prochaines années de ma vie avec ce choix. Pour les gens de mon entourage, j’avais l’air d’avoir fait le bon choix, être un étudiant pour avoir un emploi respectable et stable. Le seul problème, c’est qu’au fond, je ne me sentais pas bien. Et pour être honnête, je ne sais même pas à ce jour pourquoi j’ai choisi le cyclisme, mais je savais que j’avais besoin d’un changement.

Quand je suis rentré à la maison, j’ai discuté avec mes parents. Je voulais leur expliquer mon choix. Leur réaction a été spontanée : « Nous ne pensons pas que vous devriez abandonner votre éducation pour poursuivre un rêve qui fort probablement ne va pas se réaliser ». Je n’ai pas été surpris de leur réaction parce que je n’avais aucune idée de comment cela allait se passer non plus. J’en connaissais assez sur la profession du cyclisme pour savoir que j’avais beaucoup à faire pour me faire valoir. Les autres cyclistes de mon âge avaient été en course pendant  plusieurs années, avant de rejoindre des équipes et des programmes de développement nationaux et acquérir de l’expérience de course entouré d’entraineurs. Mais je m’en fichais, parce que j’avais déjà sauté dans le projet.

Au cours des deux années qui ont qui ont suivi, j’ai pris mon temps et j’ai roulé. J’ai roulé dans la neige. Je portais des pneus d’entraînement. J’ai détrempé le sous-sol de mes parents de sueur. J’ai bousculé, appris, lu, étudié, souffert. J’ai tendu la main aux équipes, aux entraîneurs et aux programmes de développement. J’obtenais toujours la même réponse chaque fois : « Désolé, mais tu n’es pas assez bon. Et tu es trop vieux. Tu ne pourras pas suffisamment t’améliorer pour être un cycliste professionnel. Je portais l’étiquette du « outsider », et j’ai juré que si jamais je le faisais, je ferais comprendre à tout le monde que c’était contre toute attente.

J’ai eu plusieurs moments difficiles, des claques au visage maintes et maintes fois.

Environ 4 ans de ce processus. Je m’étais entraîné dur, j’avais couru là où j’en avais besoin, j’avais tendu la main, mais ça n’allait pas se réaliser.

Puis j’ai reçu un appel.

Je m’appelle Paul. Je suis de Elevate/KHS. Je t’ai vu. Je crois en toi.

J’ai suivi Paul à une course appelée le Tour de l’Utah. « Tu vas gagner cette course un jour », m’a-t-il dit.

Je lui ai dit que je voulais aller au WorldTour. « D’accord, voici ce que tu as à faire ». Nous nous sommes assis et avons fait le plan de match. Pièce par pièce, étape par étape, j’apprenais à devenir un coureur prêt pour le WorldTour. Certaines parties étaient faciles, la plupart étaient inconfortables. J’apprenais à faire des courses, regarder des films de course, être reconnaissant, gérer différentes personnalités de l’équipe, étudier les parcours, montrer l’exemple, parler et être courtois avec nos partenaires, aider le personnel chaque fois que je le pouvais, utiliser les radios, faire les courses pour gagner. J’ai foncé et je me suis mis au travail. J’avais l’impression de recommencer à zéro, avec une différence majeure : je n’étais plus « un outsider » !

J’avais tout ce dont j’avais besoin. J’avais une structure d’équipe, le bon équipement et un directeur qui croyait en moi.

Tour de Beauce 2019, James Piccoli et sa famille

C’est là que j’ai réalisé que je n’ai jamais été un outsider. Je suis né dans une famille aimante, dans un grand pays. Après leur surprise initiale, j’ai gagné le soutien de mes parents assez rapidement quand ils ont vu à quel point j’étais prêt à travailler. J’avais aussi eu de la chance un nombre incalculable de fois, rencontrant par hasard des gens prêts à m’aider à poursuivre mon rêve. Les gens qui m’ont nourri, m’ont laissé dormir sur leur canapé, m’ont aidé à cheminer et me rendre là où j’avais besoin d’être, à m’ouvrir la voie. Coéquipiers qui se sont sacrifié à 100% pour me donner une chance. Des partenaires qui se sont bousculés pour me donner la structure dont j’avais besoin pour avoir une chance. Que je le sache ou non à l’époque, chacun de ces gens m’a donné un petit coup de pouce le long du chemin que j’avais besoin de parcourir pour atteindre mon objectif. A chaque course que j’ai complèté, je pensais à eux, aux gens qui ont investi en moi sans rien demander. Ils m’ont donné de la force. J’ai trouvé ma raison d’être.

Maintenant, chaque fois que les courses se corsent, je pense à vous tous. Les gens qui m’ont aidé à venir ici.

Le cyclisme n’a jamais été facile.

Comme je ne pourrai jamais vous remercier assez pour tout ce que vous avez  fait pour moi, je vous laisse avec deux promesses :

Un : Je vais rester provocateur. À travers les différentes étapes et défis qui présenteront sur mon chemin, je vais garder le feu.  Je vais toujours me battre et je ne vais jamais douter en mes capacités ou prendre ce que je sais pour acquis. Je promets de ne pas gaspiller ça.

Deux : Je vais toujours rester 100% propre.

Je vous remercie. Vous avez tous changé ma vie.

Sincèrement vôtre,

James Piccoli